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L’acteur créateur

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n créateur, disons par exemple un écrivain, va chercher en lui, au fond de lui, des histoires, des souvenirs, des sensations, des secrets, des douleurs, des ridicules, des impudeurs, des délicatesses, et tout cela, il le jette sur la page. Et que fait d’autre l’acteur, le véritable acteur ? Il se jette sur le plateau, lui, être humain chaotique, mystérieux, unique, il se met en forme, pour en faire du théâtre. L’auteur met en mots, l’acteur met en voix, en corps, sueurs, larmes, vibrations physiologiques. C’est aussi précis qu’écrire, aussi inventif. Je fais les deux, et je le sais, que c’est pareil.

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« L’ACTEUR CRÉATEUR N°19» JOUER PASCAL QUIGNARD.
Stage AFDAS dirigé par Jean-Michel Rabeux 
Du 4 mars au 29 mars 2019 / LoKal (Saint-Denis)

Comme ceux qui suivent mon travail le savent, je demande beaucoup aux acteurs. C’est parce que je reçois beaucoup d’eux. Depuis toujours ils m’apprennent. Je ne conçois pas le théâtre sans un acteur libre de lui-même, de ses imaginaires, de ses chairs, de ses plaisirs, et de son talent pour en avoir l’usage et la maîtrise. Ce que j’appelle un acteur créateur.
L’acteur est un interprète, certes, mais Glen Gould aussi. Et qui n’entend la créativité de Glen Gould, ou celle de Maria Callas ? Qui ne voit celles de De Funès, de Maria Casarès ou d’Alain Cuny ? (Je ne choisis que des morts pour ne pas faire de jaloux.)

Utiliser comme matière théâtrale des textes qui n’ont pas été écrits pour le théâtre est une des façons de laisser particulièrement libre cours à l’acteur, et en même temps de le contraindre à une exigence redoutable : on se sert de quelque chose qui, à priori, n’a pas besoin de lui !

C’est ce paradoxe qu’il m’intéresse d’explorer une fois encore. Comment on fait pour être indispensable à une langue qui ne nous contient pas, nous, gens du plateau ? Comment exister sans l’étouffer, comment la livrer aux spectateurs dans toutes ses complexités ?

Toute l’œuvre de Pascal Quignard, quasi toute, peut se prêter à ce jeu, je le sais, j’y ai déjà joué. Parce qu’elle divague autour d’un thème cher entre tous au théâtre. Quoi ? Comment le dire ? Le crime dans l’homme ? Comme le théâtre, en effet, elle chronique la sauvagerie humaine à travers les temps, sa permanence désastreuse, son étrange beauté. Comme le théâtre, elle vit de paradoxes : elle est à la fois rude et érudite, délicate et farouche, charnelle jusqu’au mystique. Elle est douce, vraiment douce, féminine, enfantine, et d’une brutalité d’autant plus inouïe. Elle est silencieuse, mais avec tant de jouissance des mots ! Avec les mots elle fait le silence en nous, tout comme nous devons le faire dans le spectateur.

Elle a une autre et définitive qualité : elle traite, de toutes les façons, avec la beauté. Et d’abord celle de sa langue, tellement simple, tellement riche, toute prête à naître aux sons dans la gorge de l’acteur.

Tout cela peut vraiment faire du théâtre, non ? On va le tenter, en tout cas, avec gourmandise, modestie et insolence. On va s’amuser de nous-mêmes pour la servir, on va inventer des langues de plateau, celles qui naîtront des acteurs, pour faire entendre la langue d’un auteur. On va faire notre boulot, quoi.

Le travail se centrera sur "Les Paradisiaques", un des livres de Quignard. Ce qui n’interdira pas les divagations.

Jean-Michel Rabeux

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